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* I *

* I *
Nous sommes allongés l'un à côté de l'autre dans notre lit. Il doit être tard ou peut être tôt maintenant ? Je ne sais pas, je n'ai pas la notion du temps quand je suis avec lui. La fenêtre est ouverte et le bruit de la ville s'engouffre entre les rideaux. Nous ne parlons ni l'un ni l'autre. Ma tête est posée sur son épaule et je sens ses doigts caresser mon bras nu. Je devrais être heureux parce que je suis avec lui. Et pourtant.

- Tu sais, je crois tout simplement que la vie est l'attente de la mort. Alors pourquoi ne pas l'aider à arriver plus vite ? Cesser de faire durer l'attente ? Je sais que ses paroles transpercent son c½ur de part en part et qu'il m'en veut d'avoir dit ça. Mais j'ai besoin de dire à quelqu'un ce que je ressens vraiment. Si je ne peux pas le lui dire à lui, alors à qui pourrais-je le dire ? Le silence retombe sur la pièce et de rares bruits de voitures au loin se font entendre, emplissant le silence qui nous enveloppe tous deux. Il cesse de faire courir ses doigts sur mon bras et l'enlève doucement de sous ma nuque. Il s'allonge sur le côté, me tournant le dos. Je ne bouge pas, surpris par sa réaction. Lui d'habitude qui me rassure toujours, lui qui a toujours les mots, lui qui ne m'abandonne jamais. Je laisse glisser mes doigts dans son dos jusque sur sa chute de reins. Il ne dit toujours rien. Je me redresse un peu, juste assez pour pouvoir me coucher contre lui, sentant sa peau humide à cause de la chaleur de la nuit réchauffer encore plus la mienne. Je fais courir mes doigts sur son bras, posant ma joue contre la sienne. Je laisse mes doigts aller s'entremêlés avec les siens et il referme son étreinte sur ma main, comme pour me dire qu'il n'est pas en colère. Nous restons encore l'un contre l'autre, sans parler. La présence de l'autre nous suffit à chacun. Je niche mon visage dans son cou, repoussant ses dreads qui tombent dans mes yeux.

- On ne sait pas ce qui se passe quand on meurt. Peut être que nous serons séparés. Alors que maintenant, dans cette vie, nous sommes ensemble. Et c'est le plus important pour moi. Il se laisse retomber sur le dos pour pouvoir observer mon visage, capter mon expression après ce qu'il vient de me dire. Je pose doucement ma tête contre son c½ur, écoutant ses battements qui m'emplissent et me font me sentir vivant. Nos doigts sont toujours entrelacés. Je me sens bien avec lui, là maintenant. Mais je sais que ça ne durera pas. A peine serons-nous séparés, que j'aurais à nouveau envie de mourir. Il n'y a que lui qui peut me guérir.

- Mais si tu pars avec moi ? Je lui demande dans un murmure. Peut être que nous serons ensemble quand même ? Tu ne penses pas ? Je redresse ma tête pour plonger mon regard dans le sien. Ils plissent ses yeux et fait claquer sa langue contre son palet.

- On ne peut pas en être sûrs et tu le sais Bill. Dit-il simplement en passant ses doigts dans mes cheveux. Je ne dis rien, sentant les larmes affluer sous mes paupières.

- Je sais. Je réponds juste en laissant couler ma lassitude vis-à-vis de mon existence sur son torse.

- Tu sais très bien que je ne peux pas vivre sans toi. Alors ne t'en vas pas. Ne le fais pas s'il te plaît. Reste pour moi. Me dit-il en passant ses doigts sur mes joues pour essuyer les larmes qui les ravagent.

- Je sais. Je répète, incapable de dire autre chose.

- Je sais que c'est dur. Je te jure que je le sais. Mais pourquoi tu ne veux pas rester avec moi Bill ? Pourquoi tu ne veux pas ? Pourquoi est-ce que tu préfères partir ? Parce que c'est plus facile ? Je ne sais pas s'il a vraiment voulu dire ce qu'il vient de me dire. Je ne sais pas s'il s'est rendu compte qu'il était en train de dire que je faisais preuve de lâcheté. Mais ça me fait quand même mal. Parce que depuis quelques temps, il ne me soutient plus comme avant.

- Non Tom, tu ne sais pas ce que je ressens, tu ne sais pas comme c'est dur. Je dis juste en me relevant. Il ne dit rien et me laisse me lever sans essayer de me retenir.

Je sors de la pièce silencieusement, me faufilant dans le couloir à tâtons dans l'obscurité. Je rentre dans le séjour et fouille dans le placard pour en ressortir une bouteille d'alcool. Peu importe ce que c'est. J'ai juste besoin d'oublier. De m'oublier un peu, rien que pour une nuit. Je respire l'odeur qui se dégage de la bouteille. Rien que l'odeur me donne le tournis. Je n'ai pas mangé depuis cinq jours. Je n'y arrive plus. Je ne le lui ai pas dit, j'ai menti en lui disant que j'allais mieux alors que je vomis toujours autant. Je porte le goulot de la bouteille à ma bouche et sens l'alcool descendre dans ma gorge et l'envahir. Une sensation de brûlure l'assaille presque instantanément, descendant jusque dans mon ½sophage. Ca abîme ma gorge déjà écorchée par mes régurgitations quotidiennes. Je bois quelques autres longues gorgées puis je rebouche la bouteille et la repose sur la table. Je vais m'affaler sur le canapé, conscient que dans quelques minutes l'alcool se sera répandu dans mon corps et que je ne tiendrais plus debout. Je pose ma tête contre un coussin et ferme les yeux m'imaginant être quelqu'un d'autre ailleurs. J'entends à peine les pas de Tom qui vient s'asseoir à côté de moi.

- Bill, tu as bu ? Me demande-t-il un peu affolé. Je ne réponds pas, me sentant déjà partir ailleurs.

- Bill ? M'appelle-t-il alors que je sombre loin de lui, distinguant à peine son visage, l'image se diluant, devenant peu à peu floue. J'entends sa main claquer contre mon visage mais je ne la sens presque pas. Juste une caresse. Je souris.

- Je t'aime. J'arrive à articuler avant d'enfin partir pour de bon dans un sommeil dans lequel la réalité n'existe pas et n'a aucune importance. Loin de tous mes problèmes, loin de Tom. A cette pensée, j'agrippe son bras dans un dernier moment de lucidité avant de me perdre dans les méandres de l'inconscience pour de bon.

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Bon ben voilà ... C'est pas gai, j'avais prévenu.

Dîtes-moi tout !!

# Posté le samedi 29 mars 2008 19:32

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